Édito Facebook : Entrez-vous dans vos temps?

Édito Facebook : Entrez-vous dans vos temps?


Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 28-02 : www.societascriticus.com


Michel Handfield, M.Sc. en sociologie, 2026-06-19 (d’après mon Facebook du 2026-04-20)


Quand j' ai eu de rares entrevues pour des postes dans la fonction publique, je me faisais toujours poser cette question : entrez-vous dans vos temps ? Je répondais oui, mais, si je vois des bogues, il vaut mieux prendre quelques jours de plus pour les régler au lieu de risquer des problèmes plus tard. Je n'ai jamais réussi à me rendre à un emploi avec cette franchise. C’est que l’on prend les meilleurs, soit ceux qui assurent entrer dans leur temps. Mais...




En 1984, Québec a identifié ce terrain comme étant prioritaire, mais les travaux ont commencé il y a moins d'un an selon l'article :


« Depuis le mois d’août, le ministère de l’Environnement du Québec a dû allonger 36,1 millions de plus que la facture initialement prévue pour les travaux de décontamination du site du Vidangeur de Montréal, faisant ainsi bondir la facture initiale de 92 millions à près de 128,1 millions. » (1)


Parlez-moi de l'importance d'entrer dans les temps ?


On ne parlera pas du système de santé qui est encore au fax; de la carte d'assurance-maladie à puce dont on nous parlait au tournant des années 1980-1990 et qui n’est pas encore arrivée; de SAAQ-clic; d’investissements dans la filière batterie et de bien d’autres canards boiteux gouvernementaux. Cependant, ce n’est pas le propre de la CAQ, le PQ et le PLQ ayant aussi joué dans ce film.



Quand je vois notre retard, j'ai l'impression d'avoir été sacrifié sur l'autel de « l'efficacité gouvernementale et bureaucratique », soit de ne surtout pas engager des gens qui pourraient faire des vagues ! Je n'ai donc pas la plus haute estime des ressources humaines qui cherchent souvent des gens autonomes, créatifs, mais, surtout, entrants dans des cadres prédéterminés !


Au moins, quand c'était le service du personnel, on parlait encore de personnes, donc de gens qui pouvaient parfois nous amener ailleurs si on savait les intégrer avec leurs différences. Avec quelques personnes ayant des compétences un peu différentes des autres, la multidisciplinarité n'était pas qu'un objectif louable, mais devenait réelle.


Maintenant, on parle de ressources humaines, mais, on le voit bien, les ressources, on les regarde d'abord de manière comptable. Prendre quelqu'un d'un peu différent devient alors un cout ou un risque au lieu d'une opportunité. Le système continue donc sur son erre d’allée et se fige de plus en plus au lieu de se remettre en question et d’évoluer. C’est d’ailleurs le propre des grands systèmes bureaucratique et étatique : en grandissant, ils perdent de leur agilité et se sclérosent dans ce qu’ils connaissent le mieux. Le changement est alors perçu comme une menace et on en arrive à « La société bloquée » comme l’a si bien décrit Michel Crozier concernant la France (2) il y a plus de 50 ans. On en est maintenant là au Québec.


Notes


1. Ulysse Bergeron, Mégachantier de décontamination. Québec doit payer 36 millions de plus, La Presse, 21 avril 2026 :

https://www.lapresse.ca/actualites/2026-04-20/megachantier-de-decontamination/quebec-doit-payer-36-millions-de-plus.php


2. CROZIER, Michel, 1970, La société bloquée, Paris: Seuil, coll. Point.



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