Édito Facebook : l’environnement sans parti-pris !
Édito Facebook : l’environnement sans parti-pris !
Societas Criticus, revue de critique sociale et politique, Vol. 28-03 - Éditos : www.societascriticus.com
Michel Handfield, M.Sc. en sociologie, 2026-06-29 (d’après mon Facebook du 2026-06-21)
Une pluie de changements à faire
Nous avons encore eu un gros épisode de pluie dernièrement, mais c’est plus que ça, car c’est de plus en plus récurrent. On n’est plus à un épisode au 10-20 ans, mais à au moins un épisode par année quand ce n’est pas davantage.
Des épisodes de pluie de plus de 100 mm comme nous en connaissons maintenant changent la donne. Je cite un passage de La Presse concernant un secteur de l’ouest de l’ile de Montréal en fin de semaine :
« Ce secteur de Pierrefonds-Roxboro n’est pas près de la rivière des Prairies et n’est pas une zone inondable reconnue. Les précipitations ont été si violentes que l’eau est remontée par la nappe phréatique, s’infiltrant par les fissures des fondations, a expliqué le maire d’arrondissement. » (1)
Dans La Presse de la veille, on parlait de la responsabilité citoyenne, ce qui avait mal passé auprès de certains citoyens. (2) Mais, si ça concerne la nappe phréatique, elle est en dessous des rues, des égouts, des maisons et des terrains. Alors, si elle monte, elle remonte partout, que ce soit dans les parcs comme dans les sous bassement.
Il faudra peut-être repenser l’usage des sous-sols pour passer des appartements de la maison ou de logements en location à des caves d’utilité, comme c’était le cas autrefois. Tout un changement auquel les gens ne sont pas préparés, mais qui se discute actuellement. Certains plaident d’ailleurs pour leur fin. (3)
Naturellement, les villes ont aussi des changements à faire, comme la vérification et l’entretien plus fréquents des égouts. Mais, gonfler les tuyaux n’est pas toujours une solution. Si les tuyaux doivent être enterrés plus profondément parce qu’ils sont plus gros, ils peuvent aussi se retrouver dans la nappe phréatique et être déjà partiellement submergés ! Ce n’est certainement pas un avantage en cas de montée des eaux.
Nos municipalités doivent plutôt chercher de nouvelles solutions pour empêcher l’eau de ruissèlement d’aller trop rapidement vers les égouts. On peut penser aux parcs éponges (4), mais aussi à des bordures de rue et/ou de trottoir végétalisé ou perméable de telle sorte que l’eau de pluie ou de la fonte des neiges puisse aller dans le sol plutôt que directement dans le réseau d’égout. On pourrait même aller plus loin, ce qui aura probablement des couts :
« Afin de rendre les villes plus résilientes aux inondations causées par les changements climatiques, des chercheurs développent des revêtements de chaussée plus perméables qui permettent à l'eau de s'écouler à travers les rues plutôt que de ruisseler à la surface et de se retrouver dans les sous-sols des résidences. » (5)
L’action individuelle
Si des choses sont à faire par nos villes, comme citoyens, on doit aussi regarder ce qu’on peut faire à notre niveau. Avec un peu de jugement et de créativité, on peut prendre certaines actions. Me basant sur ma propre expérience, voici ce que j’ai fait de mon côté :
- Nettoyer mes égouts de garage et de sous-sol au moins une fois par saison;
- Vérifier et nettoyer régulièrement mon égout extérieur près de ma porte de garage (d’autres peuvent avoir un égout près d’une porte de sous-sol, par exemple) pour éviter que le tuyau de renvoi soit obstrué par des feuilles, du sable ou de la terre suite à des travaux, de gros vents ou de grosses pluies pour prévenir une montée d’eau à l’extérieur et des infiltrations à l’intérieur;
– Lorsque possible, remplacer des dalles de la terrasse par des « produits de terrassement perméable » (à googler !); du gazon et/ou du trèfle, par exemple. Ainsi, le sol boit davantage d’eau au lieu de l’envoyer vers la maison. Dans mon cas, j’ai conservé le contour de ciment pour délimiter l’espace (photo);
- Le long de la maison, où cela était possible, j’ai mis de la roche et de la poussière de roche pour laisser égoutter l’eau du toit dans le sol, ce qui conserve une certaine humidité, car il s’agit d’un sol glaiseux dans ma région. Pour un sol rocheux ou sableux, il faut peut-être faire autrement. C’est donc à vérifier;
- J’ai quelques thuyas (cèdres) que je taille à sept ou huit pieds pour avoir un peu d’ombrage; un petit jardin (tomates, piments forts et bleuets); du trèfle du gazon et quelques fleurs sauvages dans la cour. En avant, j’ai un jardin de fleurs sauvages et de vivaces, ce qui draine aussi le sol et donne un environnement plus naturel que du pavé uni, de l’asphalte ou du ciment;
- Enfin, j’ai aéré mon pavé uni en déplaçant quelques pavés pour laisser de l'espacement entre certains d’entre eux, notamment près de ma porte de garage (photo), ce qui permet au sol d’absorber davantage d’eau avant d’arriver à l’égout. J’ai aussi fait la même chose le long de la maison, dans mon passage de cour.
Je ne dis pas que c'est parfait, mais l'eau ainsi absorbée peut réduire les coups d'eau.
Quand les villes disent que le citoyen doit penser à réaménager son espace pour absorber une partie de l'eau de pluie, ça doit être un peu à cela qu'ils pensent. Moi, je l'ai fait doucement, par essais et erreurs, pour arriver à un résultat à mon gout.
L’action gouvernementale et mondiale est nécessaire
Si des actions individuelles aident, imaginez si nos gouvernants locaux et nationaux agissaient en accord avec les autres gouvernements et l’ONU en fonction des signaux envoyés par la planète (inondations, longues canicules, sècheresses, feux de forêt, etc.) et en accord avec la science : les choses changeraient. C’était le but du Protocole de Montréal (6), par exemple.
Mais, depuis l’arrivée de Donald Trump et le virage à droite de plusieurs gouvernements, on dirait que la plupart de nos gouvernants s’intéressent davantage aux ressources énergétiques qu’à leurs effets sur le climat et la santé.
Les lois environnementales sont de plus en plus réduites à des manifestations de bonnes intentions, comme si l’environnement s’opposait à l’économie, alors qu’il faut plutôt adopter une autre façon de penser le développement économique dans le respect de la pérennité de planète, tant sur le plan de l’humanité, de la biodiversité que de l’économie.
Cela peut surprendre quelques personnes que je parle de la pérennité de l’économie, mais ce ne l’est pas. Si on épuise les ressources sans penser au recyclage et à la réutilisation, on arrivera tôt ou tard à un manque de ressources qui causera beaucoup plus de dommages qu’un changement de modèle économique, comme de passer progressivement vers l’économie sociale et solidaire.
Réduire et accroitre en même temps, c’est possible !
Il serait possible de réduire le recours aux ressources énergétiques polluantes (charbon, pétrole, gaz) si l’on développait plus rapidement les énergies de substitutions (solaire, éolien, hydraulique, géothermie, biomasse) en même temps; d’utiliser l'automobile de façon intelligente dans un cocktail de transport collectif et actif; qu'on réduisait les voyages non nécessaires, brefs qu'on réduisait la surconsommation et ses effets pervers ! Cela me rappelle « Small is beautiful », un livre des années 1970 de E. F. Schumacher qu’on devrait peut-être remettre à l’ordre du jour.
Il faut aller au-delà du populisme simpliste
Souvent, les partis et les leadeurs politiques y vont de solutions simples et pas trop dérangeantes pour ne pas perdre des votes et en gagner même, cela sur tout le spectre politique. Mais, si les choses étaient si simples à régler, ça ferait longtemps qu’on l’aurait fait.
Ce n’est donc pas une surprise de voir une montée des leadeurs populistes qui gagnent en popularité en niant les changements climatiques et la science; avoir recours aux « fake news » et à la réalité alternative pour concurrencer les faits et les avertissements des scientifiques, voir les noyer dans un flux d’informations de moins en moins vérifiables sur les réseaux sociaux; et menacer les institutions qui vont contre leurs idéologies, notamment les universités.
Même le PQ, pour des raisons électoralistes, préfère maintenant parler de routes que du TGV, car les électeurs ne veulent pas changer leurs habitudes malgré les épisodes climatiques extrêmes qui s'accumulent et s'accélèrent depuis quelques années : feux de forêt, inondations, sècheresse des bassins hydroélectrique dans le Grand Nord. Pourtant, en 2022, QS et le PQ avaient les plans climatiques les plus ambitieux au Québec. (7) Mais, les nier aujourd’hui ne change pas les faits malgré ce que disent Donald Trump et ses fidèles.
Ce sont les changements climatiques, c’est assuré !
D’ailleurs, les assureurs et les actuaires, des gens d'affaires et sérieux, qui font des calculs et des probabilités, n'en doutent pas. Et s'il y en a qui sont conservateurs dans les prédictions et les chiffres, ce sont bien eux. Alors, pour moi, un conservateur qui renie les changements climatiques n'est pas un vrai conservateur, car un conservateur parle d'abord de conservation, ce qui est dans la nature du conservatisme. 🙂
Notes
1. Julianne Mondoloni et Édouard Desroches, Pierrefonds-Roxboro. Des sinistrés inondés pour la troisième fois, La Presse, 2026-06-22 :
2. Je cite deux passages :
« Il faut regarder au-delà des infrastructures. La question n’est pas seulement qu’est-ce que les villes peuvent faire, mais aussi comment on peut aider les gens à mettre en place des mesures pour protéger leurs propres maisons. » Jim Beis, maire de l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro.
« « On ne remet pas toute la responsabilité sur les résidants, la Ville a une responsabilité également, mais tout le monde doit être responsable à parts égales », a affirmé Joel Joly, chef de division Voirie et Aqueduc à Dollard-des-Ormeaux. »
Chloé Bourquin, Inondations à Dollard-des-Ormeaux. Des résidants rejettent la responsabilité sur la Ville, La Presse, 2026-06-21:
3. Cet article est assez complet sur le sujet, avec références :
Association des consommateurs pour la qualité dans la construction, Sous-sols, inondations et assurances, 28 juillet 2025 :
https://www.acqc.ca/fr/actualite/sous-sols-inondations-et-assurances
4. Chloé Bourquin, Lutte contre les inondations. Les parcs éponges, comment ça marche?, La Presse, 13 juillet 2025 :
5. La Presse canadienne, Des chaussées perméables pour des villes plus résilientes aux inondations, ici.radio-canada.ca/nouvelle, 18 août 2024 :
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2097696/chaussees-permeables-villes-inondations
6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Protocole_de_Montr%C3%A9al
7. Caroline Brouillette, Comment démêler les plans climat des partis provinciaux ?, L’actualité, 15 septembre 2022 :
https://lactualite.com/environnement/comment-demeler-les-plans-climat-des-partis-provinciaux/